26 March 2009 | 2009

Passager fortuné partage jet privé

Le Monde,  jet privé Paris Genève 890€ en vol à vide

Transposer le principe du covoiturage à l'avion de tourisme. C'est l'idée développée par Thierry Moïse, un pilote amateur qui souhaite abaisser le coût des vols qu'il effectue, pour le plaisir, à travers la France. "Lorsqu'on se déplace en avion, tout est cher : le carburant mais aussi le moindre boulon à remplacer. Autant partager les frais avec une personne qui se rend au même endroit. Aux Etats-Unis, cela se pratique régulièrement. Certains font même de l'avion-stop, directement dans les aérodromes", explique-t-il.

Fruit de ses réflexions, aerostop. free.fr met gratuitement en contact les propriétaires d'un petit avion disposant de sièges libres et les voyageurs potentiels. "En moyenne, une heure de vol coûte 100 à 150 euros", explique M. Moïse. A ce prix, quatre passagers effectuant un vol de trois heures entre Etampes, en Ile-de-France, et l'Ile- d'Yeu, en Vendée, débourseraient chacun entre 75 et 120 euros, un tarif compétitif au regard des autres moyens de transport.

Les voyageurs doivent toutefois accepter les imprévus. Car l'avion léger à hélices piloté par les amateurs ne garantit pas les mêmes performances qu'un avion de ligne. La vitesse ne dépasse pas les 350 km/h contre 950 km/h pour un Airbus A320. En outre, les vols peuvent être annulés à cause de la météo, avant le départ ou même après le décollage, car les pilotes amateurs, qui volent à vue, ne sont pas autorisés à traverser les nuages.


Tout autre est le confort des passagers qui prennent place dans des jets privés luxueusement aménagés et loués plusieurs milliers d'euros l'heure de vol. Crise oblige, les hommes et femmes d'affaires habitués à ce faste sont amenés, eux aussi, à partager l'espace et les frais, comme en témoigne le succès de lunajets.com, une société créée à Genève en mai 2008.

"Lorsqu'une personne loue un jet auprès d'une compagnie spécialisée pour effectuer un Paris-Genève, l'avion rentre souvent à vide. L'idée consiste simplement à le remplir. Puisque la location de l'avion est déjà payée, chaque passager du vol retour ne versera que le cinquième de la location. Nous facturons ainsi le Genève-Paris à 890 euros", explique Eymeric Segard, le fondateur de Lunajets. Le service, disponible en ligne et par téléphone, s'adresse à ceux qui acceptent de décaler leur voyage de quelques heures ou d'une journée. Et entre gens de bonne compagnie, on se rend parfois de petits services. "Nous pouvons négocier une escale à Malaga sur un vol Paris-Marrakech, pour y faire descendre un passager", assure M. Segard.

“ EVITER LE CAUCHEMAR ”


Le fondateur de Lunajets espérait convaincre des cadres dirigeants habitués à voyager en première classe mais souhaitant, pour un prix un peu plus élevé, "éviter le cauchemar de l'aviation commerciale". "On peut se présenter un quart d'heure avant et éviter les formalités. Et les aéroports que nous utilisons sont plus près des centres-villes, à l'instar du Bourget pour Paris", assure M. Segard. Même avantage pour "une chasse en Ecosse", ajoute-t-il, puisque le jet, quel miracle !, dépose ses clients à pied d'oeuvre, "au lieu d'atterrir à Edimbourg" et de devoir, comme le commun des mortels, louer une voiture.

Mais la crise financière est passée par là. Et loin de capter une clientèle désireuse de "surclasser" son voyage, Lunajets séduit plutôt les dirigeants qui hésitent à payer un appareil destiné à leur seul usage et qui, donc, se "déclassent" en partageant les frais. Comble de l'horreur - ou du snobisme - M. Segard observe que certains de ses clients "saisissent l'opportunité d'un jet pour Ibiza le vendredi soir, mais rentrent sur un siège d'une compagnie low-cost le dimanche soir".


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